Appel
du 8 Novembre
L'Éducation Nationale
en danger ! Pour une vraie formation des enseignants
Les enseignants-chercheurs, les enseignants,
les chercheurs, les parents d'élèves, les membres du
personnel de l'éducation nationale et de l'enseignement
supérieur ou de la recherche et les étudiants, réunis
ce samedi 8 novembre à l'Université Diderot-Paris 7,
protestent contre la mise en œuvre précipitée d'une
réforme radicale de la formation des enseignants. Cette
réforme est porteuse à terme d'un véritable
bouleversement dans la nature des formations et dans le statut des
savoirs au sein de l'enseignement primaire, secondaire et
universitaire. Elle met gravement en danger la qualité de la
formation des élèves à tous les niveaux de
l'Éducation nationale. Elle complète et renforce la
destruction du système national d'éducation et de
recherche et contribue à mettre en position de concurrence
établissements, formations et acteurs de l'enseignement.
Cette transformation radicale de la
formation des enseignants et des concours de recrutement a été
engagée sans demander l'avis de celles et ceux qui assurent
cette formation ou en bénéficient. Ce mépris
manifeste pour les principaux intéressés (enseignants
et étudiants) va de pair avec l'imposition d'un rythme
effréné qui dissimule mal la volonté de faire
taire toute réflexion critique. Récemment, plusieurs
présidents d'universités parisiennes ont pu parler de
véritable « farce » à propos de ce
processus. Le manque de précision quant au contenu des futurs
concours et le calendrier absurde proposé par le Ministère
de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche nécessitent
donc une réponse ferme et claire.
Soucieux de ne pas nous laisser imposer un
traitement dans l'urgence d'une question aussi importante
socialement et scientifiquement, nous demandons l'abandon de tout
calendrier pour la remise de nouvelles maquettes de masters et le
retrait de ce projet ministériel sous sa forme actuelle.
A ce titre, le « moratoire »
demandé est la condition indispensable pour le lancement d'un
débat national impliquant tous ceux qui sont concernés
par la formation des enseignants et devant déboucher sur des
négociations avec les ministères concernés. En
conséquence, ce moratoire ne saurait se limiter à un
répit de quelques mois.
Les signataires de cet appel font leurs les
cinq principales critiques qui se sont exprimées durant les
dernières semaines :
a) La destruction d'une véritable
formation professionnelle et disciplinaire, initiale et continue, des
enseignants. D'un côté, les épreuves des
concours sont vidées en grande partie de leur contenu
disciplinaire, et, de l'autre, la suppression de l'année
de stage qui suit la réussite au concours - au nom de purs
calculs budgétaires – remet en cause toute formation
professionnelle sérieuse, la « didactique »
n'ayant pas de sens en l'absence d'une réelle pratique
de classe en responsabilité. b) La fragilisation de
nombreuses formations à l'Université. De fait, dans
toutes les disciplines dont le principal « débouché
professionnel » immédiat est l'enseignement, cette
réforme aura des effets néfastes sur la qualité
– et le nombre - des travaux de recherches en Masters et en
Doctorat mais aussi sur la nature même de la formation en
Licence. En ce qui concerne l'agrégation, si elle semble
épargnée du point de vue disciplinaire, la confusion
entre le master et la préparation au
concours rend son
avenir incertain. c) L'extension de la contractualisation et de
la précarisation dans l'enseignement primaire et secondaire.
Le recrutement de vacataires sera en effet mécaniquement
facilité par l'existence d'un nombre important d'étudiants
détenteurs d'une qualification reconnue par un diplôme
mais non reçus aux concours nationaux. d) Une atteinte
grave à l'articulation entre enseignement et recherche ainsi
qu'à la nature des connaissances et des savoirs produits et
transmis dans l'université comme dans l'enseignement
primaire et secondaire. Sur ce point, le lien est manifeste entre
cette réforme de la formation et la réforme des
enseignements en cours dans l'ensemble de l'Éducation
Nationale (au lycée, la distinction entre matières
obligatoires et matières optionnelles, la semestrialisation,
la possibilité évoquée d'un recrutement direct
des contractuels par les chefs d'établissement ; dans les
écoles primaires et maternelles, la réduction
unilatérale du temps scolaire, la suppression des RASED, la
remise en cause des petites et moyennes sections des écoles
maternelles). e) L'injustice et la perte de la diversité
sociales du futur corps enseignant (auxquelles s'ajouteront les
incertitudes sur les débouchés professionnels) : le
prétendu prolongement d'études ne sera en effet qu'un
prolongement des études non rémunérées.
C'est pourquoi nous appelons à
l'issue d'un large débat national à des
négociations sans préalable afin de garantir et
promouvoir
1. le respect du caractère national
de tous les concours de recrutement pour l'enseignement secondaire
avec maintien d'un concours et d'un jury national (composé
de personnes spécialistes des matières concernées),
assorti d'un lien explicite entre la réussite aux concours
et l'accès (après un stage de titularisation) à
un poste et un statut de fonctionnaire d'État 2. une
préparation aux concours de recrutement tant pour les
professeurs des écoles que pour les enseignants du secondaire,
qui en amont reste ancrée dans des licences disciplinaires, et
qui, en aval, préserve une année de formation
professionnelle rémunérée postérieure à
la réussite au concours 3. le respect de la base
disciplinaire dans les masters comme dans les concours de recrutement
pour les enseignants du secondaire, selon les caractéristiques
propres à chaque discipline 4. le maintien d'une
formation pratique initiale, postérieure à la réussite
au concours, rémunérée et liée à
une charge d'enseignement réduite, ainsi que le
développement d'une formation continue disciplinaire au sein
des universités. 5. La place centrale de la recherche dans
les enseignements à l'université et son rôle
essentiel dans la formation des futurs enseignants.
Un des enjeux fondamentaux du débat
national proposé sera l'articulation entre masters et
concours, afin de préserver un enseignement et une recherche
de qualité pour tous les étudiants mais aussi une vraie
formation disciplinaire et professionnelle pour les futurs
enseignants.
A
remplir et à envoyer à
: Monsieur le Ministre de l'Education 110 rue de Grenelle 75007 PARIS
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